Du blason au port des couleurs à moto

Alors là, on va faire un reportage sans photo, juste une histoire que beaucoup m’ont demandée à la suite de ces deux reportages sur mes couleurs (reportage 1 et reportage 2). Couleurs appelées aussi Kutte ou Jaquettes, qui arborent des "écussons", dits aussi "patchs", de tel ou tel moment de la vie motarde de son pilote, afin d'en expliquer les origines...

De tous temps, les groupes, clans et autres ont recherché un signe distinctif pour se reconnaître entre eux.

Au plus loin que l'on remonte, les premières tribus qui ont peuplé notre planète avaient des peintures tribales sur le visage qui permettaient de reconnaître à quelle tribu elles appartenaient.

Les siècles passent avec toujours cette volonté grégaire* des femmes et des hommes d'avoir un signe de reconnaissance, cette envie de revendiquer leur appartenance à tel ou tel clan.

*(Relatif à la tendance à vivre en groupe)

Dans la tradition antique, les nations et les tribus avaient la coutume d'utiliser des symboles collectifs sur leurs boucliers, sceaux, etc ...

Entre 1120 et 1160, on voit apparaître les premières armoiries, principalement pour permettre de distinguer les origines précises des chevaliers.

Au XIIIe siècle, l'ensemble de la société, selon des chronologies décalées en fonction des pays, s'approprie aussi le port des blasons et armoiries, qui jusque-là était réservé à la haute noblesse.

Les armoiries sont une invention propre à l'Occident médiéval. Elles forment un système constitué par la fusion d'éléments issus des enseignes, des bannières, des sceaux, des monnaies et des boucliers. Elles représentent des emblèmes individuels, familiaux et de fiefs.

Alors, vous allez me demander pourquoi le port des armoiries se répand à cette époque ? Je vous répondrai déjà que, sur les champs de bataille, cela permet de reconnaître l'identité des combattants.

Durant les siècles qui ont suivi, les blasons sont passés des boucliers aux chasubles et vêtements.

On en arrive au XIXe siècle. Les premiers patchs brodés apparaissent vers la Première Guerre mondiale pour marquer les régiments et leurs spécialités. Ils se généralisent à la Seconde Guerre mondiale avec les patchs d'unité de l'armée américaine. Ils sont encore cousus directement sur les uniformes.

Au fur et à mesure, après la démobilisation, beaucoup d'anciens militaires (vétérans), surtout aux États-Unis, se retrouvent autour de clubs motards et non motards et lancent le port de patchs qui signifiaient : "On a été là ou là !".

Sur leurs vestes, ils racontaient leur histoire, les pays où ils sont allés, les campagnes (conflits) auxquelles ils avaient participé. Ils ont cassé les codes des anciens militaires, surtout après la guerre du Vietnam.

La culture française des anciens militaires, à cette époque, n'est pas encore dans cette culture du port de couleurs avec tel ou tel patch (plus loin, je vous expliquerai que la quatrième génération du feu est revenue dessus).

Très rapidement, fin du XIXe siècle et début du XXe siècle, les groupes en tous genres ont arboré des signes distinctifs pour marquer leur appartenance à un clan ou un groupe.

D'autres définissent la naissance, à la sortie du single That's All Right Mama d'Elvis Presley en 1954, des Rockabilly, reconnaissables à leur coupe de cheveux en forme de banane et leur blouson de cuir type Perfecto. Ce mouvement fut appelé les "blousons noirs".

Dans certaines banlieues aux États-Unis depuis les années 70, deux gangs les Crips et les Bloods ont choisi le rouge et le bleu pour se reconnaitre et depuis cinq décennies se livrent une guerre sans merci.

Tout logiquement, dans les années 50/60, les premiers groupes motards aux States et en Angleterre ont arboré des signes d'appartenance. Certains groupes ont, au début, porté sur leur blouson les patchs de leurs marques, les patchs de leur club et ceux des rassemblements auxquels ils ont participé.

"Notons que les organisateurs de telle ou telle course type 24 Heures Moto ou TT of Man ont très rapidement vendu des patchs de leurs manifestations, qui sont portés avec fierté par les motards qui y ont participé."

ON EST TOUJOURS DANS LE CADRE : ON PORTE SUR NOUS NOTRE HISTOIRE !

C'est aussi, pour beaucoup dans ces années-là, et encore aujourd'hui, une façon de faire valoir qu'ils appartiennent à tel groupe ou famille !

Comme expliqué dans plusieurs reportages, je vous ai expliqué la codification qui différencie les MC, Moto Clubs ou indépendants.

Les MC

Les patchs sur les couleurs des MC sont très codifiés. En dehors des emblèmes de leurs clubs, ils sont les seuls à pouvoir indiquer le nom de leur pays d'appartenance en toutes lettres, visible au dos de leurs blousons. Ils sont régis par des règles strictes observées par tous les membres. Les postulants passent par différentes étapes destinées à les former, souvent en trois étapes : le novice, qui passera par le stade de prospect, pour ensuite devenir membre et avoir le droit de porter les couleurs de son club.

L'une des particularités de la conduite des membres d'un MC est qu'ils forment une famille et donc chaque membre est leur frère (c'est comme cela qu'ils s'appellent entre eux) et, en toutes circonstances, ils sont là les uns pour les autres.

Les MC ont aussi ce que l'on appelle des clubs amis dits "Support", ou des motards indépendants supportant tel ou tel MC lorsque celui-ci partage les valeurs de ce club, et que ce même club accepte qu'il rejoigne leur famille.


Les Moto Club

Pour les Moto Clubs (MCP), le port des patchs est aussi codifié. Bien que les couleurs d'un moto club soient souvent libres, en dehors du fait que, dans le dos, il n'y ait que le nom du club et souvent le pseudo du pilote, on retrouve aussi sur leur Kutte ou leurs couleurs les écussons ou patchs de tel ou tel rassemblement et lieux mythiques où ils sont allés uniquement.

On y retrouve aussi des patchs d'autres associations qui partagent les valeurs des motard(e)s qui les portent. Il y a une règle, comme pour les MC cités plus haut : on ne peut pas faire n'importe quoi lorsque l'on porte les couleurs de son club, sous peine de se voir retirer le droit de les porter.


Les motard(e)s
indépendant(e)s

N'oublions pas qui représentent la majorité sur nos routes en France.

Pour leur part, ils n'arborent pas le nom d'un club mais souvent les rassemblements auxquels ils ont participé, les clubs qu'ils aiment bien avec leur patch, ou encore telle ou telle marque de moto ou de pilote, etc ...

Maintenant, j'en ai marre de voir des incultes imbéciles rigoler lorsqu'ils voient un motard qui porte des patchs sur lui, comme j'ai pu le voir au Salon de Lyon 2026 ou lors d'un rassemblement en Bretagne !

POURQUOI ?

UN KUTTE N'EST PAS UN PANNEAU PUBLICITAIRE !

ÇA RACONTE LA VIE MOTARDE DE LA MOTARDE OU MOTARD QUI LES PORTE !

APPRENEZ À RESPECTER TOUS CES MOTARDS QUI ARBORENT FIÈREMENT LEUR HISTOIRE !

Je vais maintenant vous donner un aperçu de la culture française des anciens militaires. Parmi eux, on trouve les anciens combattants et la quatrième génération du feu, pas mal d'entre eux ont intégré les associations d'anciens combattants.

Néanmoins, certains d'entre eux ont opté pour le port de gilets de type motard, même si ce n'est pas leur droit de conduire avec ces gilets sur la route. Pour ceux qui portent ces gilets lors de cérémonies, cela fait une petite révolution dans le monde des anciens combattants.

J'ai un souvenir du 4 août 2017 à l'Arc de Triomphe avec la Royal British Legion** où je portais mon gilet en cuir type motard. Mais depuis, plus d'une dizaine d'associations non-motardes d'anciens militaires de la quatrième génération du feu ont adopté le port de gilets type motard, et petit à petit...

** Voir cette page

Cela prouve que le phénomène du port du patch ne se limite pas aux motards. Chez les motards, on parle de KUTTE ou de COULEURS, mais en dehors du monde motard, on parle de GILETS.

Le fait de porter des patchs de nos jours est de plus en plus prisé et devient un phénomène de mode. Mon souhait est que tout ceci ne cause pas de tort au monde des motards !

CONCLUSION

Vous avez compris que ce qui importe le plus, c'est de savoir faire la distinction entre une mode. "Une mode qui a déjà fait son apparition dans les années 80 avant de disparaître rapidement la même décennie".

Il est important de ne pas confondre la mode et le port, par un motard, d'un Kutte, où chacun de ces patchs relate un instant de sa vie, son adhésion à tel ou tel club et autres ...

Apprenez donc demain à respecter ces codes, car oui, la réception d'un patch et la couture de celui-ci sur son Kutte entrent dans une codification bien précise.

Manquer de respect au port de tel ou tel patch n'est pas qu'insulter le motard qui le porte, mais c'est aussi insulter ce qu'il représente (club, rassemblement et autres...).

Intéressez-vous, posez des questions, ou passez votre chemin dans un de ces trous noirs de méconnaissance.

Bonne route à tous et soyez curieux et prudents.

Mise en page Bruno Pasqualaggi


@ + Bruno Pasqualaggi "Le Taz" pour le Moto Club des Potes.


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